La Mouridiyya a été fondée entre 1882-1883 dans le Cayor, par Cheikh Ahmadou Bamba (1853-1927), à la suite d’une recommandation du Prophète (PSL). Son histoire qui est intimement liée au parcours de son fondateur,. s’inscrit dans la tradition des tarîqa voie mystique à l’instar de la Qadriyya, la Shadhiliyya et la Tijaniyya. Sa fondation afficheun renouveau « tajdîd » se caractérisant par le surgissement d’une nouvelle démarche et méthode d’éducation, de réseaux et de structures, qui, par-delà leur diversité, reposent sur un fort ancrage éducatif, missionnaire et mémoriel.
Depuis sa naissance, la Mouridiyya s’est imposée comme une grande confrérie sénégalaise. Née dans le Cayor au XIXe siècle, elle s’est progressivement implantée dans tout le pays wolof et finit par connaitre une expansion rapide aussi bien au Sénégal que dans le monde. A cet égard, elle s’impose comme une voie exceptionnelle, un chemin singulier avec une organisation et une identité particulières. Même si elle reste exclusivement africaine, ce qui est une de ses caractéristiques, elle s’inscrit actuellement dans une mouvance d’ouverture et dans une dimension multicentrée.
Mais au-delà de sa dynamique spirituelle, la Mouridiyya est le produit d’un long processus historique et territorial. A cet égard, elle fait appel à des imaginaires et à de vastes constellations de représentations qui lui ont permis non seulement de faire de Touba, son centre de rayonnement religieux, politique, économique et culturel, mais de devenir l’une des communautés les plus actives du Sénégal entre termes d’organisation, de discipline et de dynamisme. Axée sur un mysticisme profond, la Mouriddiyya est associée à toute une culture et des particularismes. Elle est organisatrice d’identité, de territoire tout en étant porteuse de significations et source de narration mythique.
Si l’histoire des mourides est fondamentalement religieuse, elle est aussi politique, économique, sociale et culturelle. Dans chacun de ces domaines, l’œuvre du guide du mouridisme représente un patrimoine riche et complexe décelable aussi bien dans le cadre identitaire que du marquage territorial. Il suffit de revisiter la Mouridiyya à travers son histoire territoriale afin de mesurer et de cerner toute la richesse de son patrimoine. Dés ses débuts, le dynamisme de la Mouridiyya s’est exercé autour d’une identité singulière qui a marqué et continue de marquer l’histoire du Sénégal et du continent Africain. A cet égard, la motivation de la mise en place du musée est de conserver tout cet héritage dans un seul et même lieu. L’avènement de cet édifice permettra de préserver tout le patrimoine religieux, politique, économique et identitaire de la Mouridiyya. C’est ici que réside la signification réelle du musée, lequel participera à la mise à disposition au public de toute la richesse du mouridisme. De même il aura pour mission de rassembler l’ensemble des objets culturels, sacrés qui sont témoins de l’histoire du mouridisme. La grandeur du patrimoine mouride est aussi une richesse faite de symboles. Dès lors, il est tout à fait fondamental qu’un édifice digne de la dimension de Khadim Rassoul (RTA) puisse être conçu en terme de musée à l’instar de celui qui a été conçu pour son Maître Le Prophète Mouhamadou Rassoulilah (PSL).
Ça sera un espace commun à vocation universelle, où seront exposées les affaires personnelles de Serigne Touba, certaines de ses œuvres, ses outils et supports de travail détenus aujourd’hui séparément par sa famille et ou certains mourides pour en faciliter ainsi l’accès à tous les musulmans du Sénégal et du reste du monde.
Ce faisant, le musée aura à la fois l’avantage non seulement de convaincre les actuels détenteurs des objets susmentionnés à les donner par esprit de solidarité et de partage pour les besoins de l’exposition, mais aussi et surtout l’idée d’un musée en tant que patrimoine universel à l’image du Cheikh, qui évitera le sentiment de dépossession et d’appauvrissement que pourraient avoir ces différents détenteurs des affaires personnelles du Cheikh. De plus, cela atténuera fortement les velléités de refus de restitution chez certains détenteurs.
Dans un contexte où l’image de l’islam souffre de stéréotypes dans certaines parties du monde, ce projet gigantesque à l’image de l’œuvre de Cheikh Ahmadou Bamba va concentrer les objets patrimoniaux de Serigne Touba, de ses fils et de l’ensemble de sa communauté afin de servir de viatique à la jeunesse et à la postérité au Sénégal, en Afrique et partout dans le monde.
Il se veut un édifice du présent et du futur pour ne pas être à l’écart des transformations sociales en s’inspirant des enseignements de Serigne Touba pour proposer à la société sénégalaise, africaine et mondiale des solutions aux fléaux des temps modernes y compris écologiques.
